Qu’est-ce que le temps ? Qu’est-ce que l’amour sinon le retour du jadis qui réveille les images perdues. « Le visage est la trace de l’inconnu » a pu écrire le philosophe Emmanuel Levinas. La Torah est donnée dans la lumière d’un regard. Telle est l’épiphanie de l’autre.
Les liens entre l’amour et le divin sont anciens dans la poésie hébraïque depuis les paroles sublimes du prophète Jérémie : « Je me souviens à ton sujet de ta jeunesse, de l’amour, de tes fiançailles. » Quant au Cantique des cantiques, il demeure le dialogue théologique et amoureux le plus profond entre Israël, symbolisé par la Sulamite, et Dieu, qui est le bien-aimé. Depuis le récit de la Genèse le langage convoque la rencontre : Dieu donne à l’homme le pouvoir de nommer et donc d’ouvrir au monde.
Le désir s’enchante de la mystique par la seule présence charnelle.
Entre sacré et profane, entre vie et mort, la poésie érotique révèle l’amour de Dieu. Un Eros illuminant métaphore de la vie et du monde qui permet à l’être humain de transcender sa condition, celle de l’exil et de la souffrance. La peinture fait ressurgir l’ineffable de l’enfance et de l’amour.
Pour Théo Tobiasse, l’amour est couleur des Psaumes et la chair rutilante des femmes palpite de tentation. Les figures enlacées de Chagall libèrent les songes et traduisent plastiquement l’envol de l’esprit vers un monde spirituel en apesanteur, Samy Briss nous ouvre les portes du royaume de la mémoire, Hubert Haddad déploie des fragments d’éternité sur la ligne du temps. Tourment délicieux, aspiration à l’ineffable, l’amour est principe d’ouverture universelle, « source divine des étoiles » pour Léon L’hébreu, résistance à l’abîme.
Delphine Durand, docteure en Histoire de l’Art et en Histoire des religions
POÉtique de l'amour
Du 17 SeptemBRE au 30 octobre 2026.
Vernissage, jeudi 17 septembre de 18h à 21 heures.
