Tibor Gertler  (1902-1991)

Le peintre Tibor Gertler, plus connu pour ses dessins et ses œuvres graphiques, est né à Budapest dans une famille modeste d’un père tisserand et d’une mère au foyer. Il était le deuxième de trois garçons :  son ainé,  Viktor est devenu un cinéaste renommé en Hongrie, tandis que son cadet, André, violoniste, a connu une carrière internationale avec le Quatuor Gertler, fondé par lui-même. Obtenant son diplôme à l’Ecole des Beaux-Arts de Budapest et après un passage à Paris, Tibor Gertler s’installe à Bruxelles où il ouvre son école de peinture et de dessin qui fonctionne avec succès jusqu’à l’éclatement de la Deuxième Guerre mondiale. Pendant son séjour à Bruxelles il fait connaissance avec de nombreux artistes, comme James Ensor qui a beaucoup d’estime pour le travail artistique de Gertler. Le portrait d’Ensor, exécuté par l’artiste hongrois et appartenant aujourd’hui au Musée Ensor d’Ostende témoigne bien de leur lien.

Après la fermeture de son école, il quitte Bruxelles et s’installe définitivement en France. L’occupation allemande l’oblige à quitter Paris pour Lyon. Là, il participe activement à la résistance, ce qui lui vaudra plus tard plusieurs distinctions, comme la Médaille du Combattant Volontaire de la Résistance.   

De retour à Paris il reprend son activité artistique et participe à des expositions en groupe, telles que Artistes Hongrois d’hier et d’aujourd’hui à la galerie Beaux-Arts  en 1945, Maître français et hongrois de l’Ecole de Paris à la galerie de Bussy en 1947, ainsi qu’à la même année à l’exposition Français-Hongrois à Budapest. Nous retrouvons également ses œuvres en 1951 à une exposition collective à la Delius Gallery à New York ainsi qu’en 1957 au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris. Sa première exposition personnelle organisée en 1930 à Ostende est suvie par de nombreuses autres à Bruxelles, Paris, Lyon, Biarritz et Budapest. La dernière exposition consacrée à Gertler durant sa vie a eu lieu à la galerie Vieille du Temple en 1989. Ses œuvres font aujoud’hui partie de collections privées et publiques, notamment à la Bibliothèque Royale de Belgique, au cabinet des Estampes de Bruxelles, au Musée des Beaux-Arts de Budapest et Musée National d’Art Moderne à Paris. En 1972 il a reçu le premier prix du Centre Artistique International à Nice, et en 1976 le Grand Prix International d’Art Contemporain de Monte-Carlo.

A côté de ses activités de peintre et de dessinateur,  il enseignait le dessin dans différentes écoles et s’occupait de l’enseignement artistique d’enfants handicapés. Pendant cinq ans il était également membre de la Commission de la Protection Esthétique de la Ville de Paris.  

Les nus dessinés aux traits simples, avec des gestes amples et fluides, ses paysages vibrants tracés avec de l’encre de chine, aisi que ses lithographies occupent des places importantes dans son œuvre. 

« On comprend que la ligne de Tibor Gertler ait enchanté Ensor – écrit Jean Cassou à l’occasion de l’exposition tenue en 1966 à la Maison Hongroise – qui l’a louée en son lyrique langage. C’est une ligne elliptique et gracieuse dans les figures et les nus et qui dans les paysages, se divise en mille frissons de feuillage. Mais elle reprend son ampleur pour tracer une ondulation de terrain, ouvrir une route, révéler un espace et une lumière. Ligne souple et infiniment diverse, ligne intelligente : par elle s’affirme une vocation assurée, irrésistible, pour le langage du destin, par elle s’exprime une pensée essentiellement dessinatrice. »

Par JULIA SCERBA